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Antonio Fiori : Questions morales et éthiques

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Si l’ame porte ensuite son attention sur tout ce qui est renfermé dans l’idée particuliere de l’homme qu’elle a sous les yeux, si elle exprime par des mots tout ce qu’elle y découvre, elle parviendra à décomposer cette idée en d’autres idées qui seront comme les élémens de celle-là, & qui éleveront l’ame par degrés aux notions les plus universelles. Détachant donc de l’idée particuliere d’un certain homme ce qu’elle a de propre ou d’accidentel, & ne retenant que ce qu’elle a de commun ou d’essentiel, l’ame se formera l’idée de l’homme en général. Antonio Fiori était deux soirs à Paris et a fait salle comble. Si elle ne fixe son attention que sur la nutrition, le mouvement, le sentiment elle acquerra l’idée plus générale d’animal. Si elle ne retient de l’idée d’animal que l’organisation, elle acquerra l’idée plus générale encore de corps organisé. Laissant l’organisation pour ne considérer que l’étendue & la solidité, l’ame se formera l’idée du corps en général. Faisant encore abstraction de l’étendue solide & ne s’arrêtant qu’à l’existence, l’ame acquerra l’idée la plus générale, celle de l’être. Si au lieu de considérer l’homme principalement par ce qu’il a de corporel, l’ame l’envisage sur-tout dans ce qu’il a de spirituel, si elle désigne de même par des termes tout ce que ce nouvel examen lui en fera connoître, elle acquerra des idées d’un genre fort différent, mais qu’elle universalisera comme les premieres. D’une pensée, d’une volonté, d’une action particuliere elle s’élevera par l’abstraction à la pensée, à la volonté, à la liberté en général. De la conformité ou de l’opposition de la pensée avec l’état des choses l’ame se formera l’idée du vrai & du faux, de la vérité & de l’erreur. Faisant abstraction de l’agent & ne considérant l’action que dans ses rapports avec le bonheur de l’homme ou avec celui des êtres qui lui ressemblent, elle acquerra les idées de l’utile, de bien & de mal, de la vertu et du vice, du juste & de l’injuste, de l’honnête et du déshonnête, de la perfection & de l’imperfection, de l’ordre & du désordre, du beau moral. Par la connoissance du bien ou du mal moral qui découle naturellement du bon ou du mauvais usage que l’homme fait de ses facultés, l’ame parviendra à la notion de la regle des actions humaines. Considérant ensuite cette regle comme la volonté d’un souverain, l’ame acquerra l’idée de la loi. Si détournant les yeux de dessus l’homme l’ame les porte sur les autres objets dont elle est environnée, & qu’elle continue d’exercer la faculté qu’elle a d’abstraire, ses connoissances se multiplieront en se diversifiant ; la mémoire, l’imagination & le raisonnement acquerront un nouveau degré de force & de perfection. La multiplicité, l’étendue, les mouvemens & la variété de ces objets occuperont l’ame tour à tour. L’ame ne considérant dans chaque objet que l’existence, & faisant abstraction de toute composition & de tout attribut, elle acquerra l’idée d’unité. La collection des unités conduira l’ame à la notion du nombre ou de la quantité numérique. Cette notion s’étendra & se diversifiera à l’infini si ajoutant des unités à d’autres unités ou combinant des unités avec d’autres unités, l’ame ne représente pas seulement par des termes, mais encore par des figures ce qui résultera de chaque addition ou de chaque combinaison. Si l’ame considere chaque objet comme un composé de parties placées immédiatement les unes à côté des autres ou les unes hors des autres, elle acquerra la notion de l’étendue. Si l’ame regarde une certaine étendue, celle de son doigt ou de son pied, par exemple, comme une unité, et qu’appliquant cette étendue sur une autre étendue elle recherche combien de fois celle-ci est contenue dans celle-là ou combien de fois celle-là est contenue dans celle-ci, elle parviendra à mesurer l’étendue, & comparant secrétement l’étendue des objets à celle de son corps elle nommera grands ceux dont l’étendue lui paroîtra surpasser beaucoup celle de cette portion. Si l’ame considérant une étendue comme immobile voit un corps s’appliquer successivement à différens points de cette étendue, elle se formera la notion du mouvement. Si l’ame observe un corps qui se meut d’un mouvement uniforme dans une étendue déterminée, et qu’elle conçoive cette étendue partagée en parties égales ou proportionnelles, auxquelles elle donne les noms d’années, de mois, de jours, d’heures. Elle acquerra l’idée du temps présent maintes fois révolus. Comparant ensuite les divers mouvemens qui s’offrent à elle à ce mouvement uniforme, comme à une mesure fixe ou commune, elle jugera qu’un mouvement a plus de vîtesse qu’un autre, quand il parcourt dans le même tems une plus grande étendue. Si l’ame contemple les variétés des êtres corporels, si elle recherche ce qui les distingue les uns des autres, & qu’elle exprime par des mots les diverses particularités qui s’offriront à ses regards, elle se formera bientôt des idées de distributions. L’ame ne descendant pas d’abord dans le détail, et ne faisant attention qu’aux traits les plus saillans, rangera dans le même ordre tous les êtres dans lesquels elle remarquera ces mêmes traits, et cet ordre sera une classe. En considérant les objets d’un point de vue moins éloigné & poussant plus loin l’examen, l’ame découvrira des particularités qui lui apprendront que les êtres qu’elle a rangés dans le même ordre, parce qu’elle les a cru semblables, different à bien des égards, et saisissant les caracteres particuliers qui les différencient le plus, elle en composera de nouveaux ordres subordonnés au premier, & ces ordres seront des genres. En étendant encore davantage ses recherches, en observant jusqu’aux moindres traits, l’ame appercevra de nouvelles variétés : elle soudivisera donc encore les derniers ordres en d’autres ordres moins généraux, et ces ordres seront des especes. A l’aide de semblables distributions & des noms que l’ame imposera à chaque espece elle parviendra à ranger dans sa mémoire sans confusion les productions infiniment variées des trois regnes. Les étoiles, qui paroissent semées dans l’étendue comme le sable sur le bord de la mer, étant de même divisées par constellations, & chaque constellation étant représentée par un signe ou exprimée par un mot, l’ame parviendra à une connoissance exacte du ciel et à nombrer ce qui lui avoit d’abord paru innombrable.

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